jeudi 11 avril 2013
Transit
Les murs sont blancs, le carrelage est blanc. Les escalators dessinent un paysage contemporain bien loin de nos hiers. Doha, Qatar, transit. Dans moins de douze heures (à moins de caprices des cieux), ce sera Paris, les bras de notre famille, et puis la Normandie un peu. J'aimerais dire en quelques lignes les neiges de l'Himalaya, les chapelets égrénés entre les doigts des pélerins tibétains autour de la grande stupa de Bodnath, les bouillies d'orge grillée, les nuits glaciales des montagnes, le blanc immaculé des sommets... Mes yeux, à cette heure, picotent. Autour de moi la modernité, les djellabahs, les portables, les bagages des voyageurs ou hommes d'affaires piétinant entre deux vols. Retour vers une autre civilisation. Je prendrai le temps ces jours à venir, je l'espère de narrer ces six semaines népalaises signant la fin de l'odyssée. En attendant puissiez vous lire les images et voyager quelque peu encore à nos côtés.
mercredi 10 avril 2013
Au pays des montagnes enneigées, en chemin pour Chialsa
Sommets de l’Himalaya recouverts d’une poudre blanche
dissimulés derrière les nuages.
Femmes rentrent des altitudes transportant des paniers
remplis de bois à l’aide d’une bandoulière appuyée sur leurs têtes.
Muret de prières tibétaines construit au milieu du chemin à
contourner dans le sens des aiguilles d’une montre pour porter chance. Drapeaux
de couleurs flottent au vent. En haut, le bleu signifie le ciel, ensuite le
blanc les nuages. Rouge, le feu, vert l’eau et jaune la terre.
Soupe à l’ail pour se réchauffer le soir à 2700m de
dénivelé.
Quatre jours de marche pour atteindre notre but, Chialsa.
Chemin descend un col pour après, en remonter un autre.
Maisons de campagne en pierre et bois dispersées dans la
nature.
Chèvres gambadent d’une touffe verte vers la suivante pour
le déjeuner.
Rhododendrons en fleurs bordent le chemin
Buffle accroché derrière une habitation pousse un cri très
aigu.
Blé cultivé dans des terrasses prenant place sur les monts.
Torrent dégringole dans la vallée.
Tuyaux amènent l’eau pure des montagnes qui coule en
abondance.
Anna
Anna
mardi 9 avril 2013
Katmandou : ce nom qui évoque tant de choses
Immense nuage de pollution, gaz et encens s'emmêlent, même si ces dernières volutes de suffisent à couvrir l'abominable senteur des pots d'échappement. Véhicules tenant encore assemblés par la seule voie du Saitn-Esprit, rien n'empêche pourtant ces carcasses branlantes de brinquebaler hommes et femmes d'un bout à l'autre de la capitale. Accrochés à nos montures, traversons cet imbroglio, ces rues tantôt cailloux, tant asphalte fendillé, le nez, les yeux rivés sur la marée grouillante. Bénis par les mouvements de contestation nationale, nous aurons tout de même le privilège de naviguer deux jours durant dans une cité déserte. A nous les artères vides, de Patan à Pashupatinath, les places aux jolis temples exemptes de tout chaos. Amusant de vivre ces contrastes : de l'agitation et des embouteillages époustouflants au vide absolu. Les maoïstes impressionnent suffisamment le petit commerçant pour le dissuader d'ouvrir son rideau métallique et de mercantiliser en ces jours de sacro-sainte grève. Créneau paisible dans lequel notre troupe à pédales n'est pas la seule à s'engouffrer. Footballeurs ou cricketteurs en herbe conquièrent le territoire, s'emparant joyeusement de l'inhabituelle vacuité de l'espace pour jouer.
Katmandou, un nom, une consonnance particulière, une réalité bien moins exotique.Une ville que l'on savoure ou déteste, architecture anarchique, seventies à l'emporte-pièces recelant néanmoins dans ses arrière cours nombreuses fenêtres ouvragées, sublimes joyaux de de sculptures sur bois. Stupas et temples se nichent aussi dans le moindre recoin. De ci, une poule éventrée offerte devant un autel, de là, des divinités de thikas maquillées. Univers épuisant, attachant. Et pourtant curieusement, il m'arrive encore de penser "mais où est donc toute cette folle énergie indienne ?". S'habituerait-on si vite à la surenchère sonore des klaxons, beuglements, criées ?
mercredi 6 mars 2013
Joli voyage à toi, papy
Huit mille et quelques kilomètres
ont défilé sous nos gambettes. Tours de roues et grimpettes, courbes et
asphaltes brulants, graviers et poussières, pistes rouges ou macadams pimpants,
huit mille et quelques kilomètres de notre fief aux faubourgs de Katmandou.
De Bandipur à Dhunré, au petit
matin, il y a trois jours, avons savouré intensément notre belle dernière
grande descente, au pays des contreforts de l’Annapurna.
Au petit matin, il y a trois jours
aussi, de l’autre côté de la terre, Papy s’en est allé. Ses pédales depuis
quelques temps déjà, il avait abandonné.
Le chemin, un brin plus loin, à sa place, avons continué.
S’il n’y avait eu ces tours de
cantons, ces dimanches cyclo-grignanais, serions-nous aujourd’hui à l’issue de
cette si belle aventure ?
Emus, nous retrouvons cette photo,
qu’au nom de toute notre petite équipée, nous ne pouvons nous empêcher de
poster.
![]() |
| Henri : première coupe à Grignan |
Merci papy pour cet élan
insoupçonné,
Que ton voyage soit aussi beau que
celui qui nous a été donné de vivre ensemble tout au long de cette année.
Henri, Isabelle, Jacob, Anna,
Claire et Bartimée
mardi 5 mars 2013
samedi 2 mars 2013
Crémations en plein air
Groupe d’hommes se faufile dans les rues piétonnes
Des mantras ils fredonnent
Brancard sur les épaules
Dessus, un corp inanimé.
Au bord du Gange
Homme sans vie remue
Au rythme des vaguelettes.
Un autre attend les flammes
Dissimulé sous des bûches de bois.
Fumée monte vers le ciel
Le long des joues rouges.
Tête va bientôt exploser.
Fils au crâne rasé
Va bientôt pouvoir s’en aller,
S'animera un autre bûcher
Viendra le tour d’un nouveau mort…
Anna
dimanche 24 février 2013
Varanasi : La vie, La mort
La vie, la mort, Hommes, vaches, singes, chèvres. Escaliers,
escaliers, la bouse dégouline, l’urine embaume. La vie, la mort, brute, rustre,
insolente. Varanasi.
Ghats bondés, sâdhus
s’exhibent, manteau de talc, bijoux au grand air. Renoncement. Primitivité. La vie, la mort, le rien, le
trop. Excès de nud ité, d’excréments au coin des flaques. La vie, la mort.
La ville s’enrhume, il pleut, la ville enfume. Visages de
mort immergés, sourires sereins jaillissant de des linceuls de fleurs ou bien
figés. Tikas sur la face. Grimages hindous. Eléments, fusion, l’eau, le feu, la
vie, la mort, rien d’autre.
Balance à bois, ça discute dru le prix du stère. Combien de buches
pour taire les chairs ?
Bûchers crépitent de nuit, de jour, corps amassés attendent
brasier ; le fils rasé allume flammèche ; brindilles, rondins, tisons
rougeoient.
Femmes au lointain, derrière veille at home ont assisté.
N’iront jamais funérailles rallier. Une
affaire d’hommes ; dans les ruelles tortueuses, mantras soudains poussent
le passage. Marche couratée des porteurs de civières de bambou ; Dernière
errance labyrinthique et bien secouée pour le dit mort sur palanquin chaviré. Les chants, les fleurs, ni
fanfreluches, ni pincettes. Ni pleureuses, ni satin moiré. La vie, la mort, égouts
et rats, déchets et couronnes, feu palais de maharajahs et cahutes d’éclopés.
La vie dans la mort, la mort dans la vie, misère et
splendeur d’un monde cahoté.
Puja du soir. Mains jointes et ferveur, danses et valse de candélabres,
pétales de fleurs s’échappent des paumes des brahmanes.
La vie, la mort les
pieds devant. Mes yeux se perdent dans le vide. Odeur de chair rôtie. Ni chaud,
ni froid. Mes yeux se perdent, rien n’est plus simple.
Les enveloppes se
consument, l’âme s’échappe vers un ailleurs. Plus de carcasse, plus de prison.
Corps offerts à l’eau, offerts au feu. Poussières dans la poussière.
Assise sur les marches, j’admire ce dénuement, l’absence de chichis,
la brutalité peut-être de l’épluchage des âmes.
La Gange, pur fleuve nauséabond, saturé d’ordures ert
d’excréments. Une femme se soulage accroupie à quelques pas de moi, les fesses
à peine dissimulées aux passants ; Une vache passe. Une chèvre bêle.
Quelques pèlerins portent à leur bouche une gorgée d’eau sacrée. Dans la rue
derrière, s’étalent sur le sol épices et légumes ; dans la rigole pisse un
homme, lignée jaunâtre croisant le silon d’un rat en perdition.
La vie, la mort, le pur, l’impur. Intense chaque seconde,
chaque regard posé. Intense le mouvement de la foule cherchant la rive,
charriant l’offrande, attendant le bain. Les barques entassent saris et
turbans. Intense la nausée, mélange de jasmin et d’urée.
La fourmilière de la mort crépite d’heure en heure.
Cervelles défuntes ou pèlerines cherchent les eaux ; mendiants et
charmeurs de serpents, racoleurs ou apprentis dénudés se partagent les rives
d’une cour de miracles assoiffée.
La vie, la mort, abrupte poésie.
Gokarna ou l’autre monde en mal d’hippie-cité
Kudle beach
Il est une heure, deux heures peut-être puis quatre, cinq,
qu importe, le décor n’a pas bougé ; Assise à une table sous une
paillotte, j’ausculte la rumeur du monde: Gokarna, fief de hippies en mal d’une
époque révolue. Le sable est blanc, ses habitants le sont aussi ; Sur les
doigts de ma main, je pourrai dénombrer les visages indigènes.
Ennui. Que faire ici , Les flots sont paisibles, les
montagnes autour jolies, l’eau à température idéale. Marseille ou
Port-en-Bessin serait peut-être du pareil au même. Un vieux routard enturbanné,
la ride abondante, l’oisiveté clinquante cherche oratoire, capture l’oreille
d’un jeunot au torse nu ; Et nous voilà partis pour une déblatération de
comptoir ; Mon tympan écume les nouvelles de blancs s’apitoyant sur la
conjoncture métropolitaine, la flambée de l’immobilier, le montant insensé des
taxes sur le vieux continent, l’impossibilité de se dégotter un emploi,
converse la bouche suçotant au goulot,, les orteils dans le sable, les yeux
rivés sur les flots ; 68 et ses
regrets ; Suis-je amusée ou agacée, me réveillant d’une sieste, une poule
sur ma tête ?
L’ex soixanthuitard narre ses virons anciens dans l’Inde
rurale à motocyclette, remuant du souvenir et de « l’authenticité ».
Les fraises ne sont pas encore sucrées. Une poule fait des allers retours sur
la margelle de ciment au-dessus de ma tête.
Une grand-mère baille aux corneilles, tapotant le popotin de
sa petite-fille toute juste émergée de lq sieste. Les vaches curieuses lorgnant
vers les tables se font refouler d’un cri de psiit vers le sable ;
L’homme au turban dégouline sous son turban : la
conjoncture est tellement difficile. Il est temps d’aller se mettre à l’eau.
Quoi faire de mieux sous ces auspices si peu sarisés, épicés, que faire sous
ces babas auspices colons. ?
Ca gratte de la guitare, enfile des perles à vendre ou l’art
de piquer pitance aux locaux sur la plage. Un moteur de bateau me tire de ma
contemplation septique. Le soleil descend sur l’horizon ; Je fixe les
cornes d’une rousse ovine plantée face à ma moue. Un corbeau se pose sur son
dos.
Que fais-je encore à élucubrer sur l’univers qui ici
m’échappe. Le Gokarna des flots sans doute bien étranger à celui qui s’agite de
pèlerins aux 4 temples de la bourgade. Un monde, des mondes. Du bikini au long
sari. Je perds mon latin, je perds mon indien.
Je voudrais retrouver les chemins même déserts, même
hostiles de cet intérieur des terres, croisée le quotidien d’un peuple.
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